Santé environnementale, point de vue et attentes du patient

MARIE-PIERRE RINN, Coordinatrice en éducation thérapeutique pour Asthme et Allergies 37 / L’Espace du Souffle, 18, boulevard Richard-Wagner,
37000 Tours, France

La place que donne la personne à son environnement de vie est subordonnée à son information et sa perception des risques pour sa santé. Aujourd’hui, les patients se posent plus de questions au sujet de la pollution extérieure et intérieure. Cependant, l’information qui leur est apportée n’est pas toujours suffisante. Les réponses soignantes et médicales peuvent utilement être complétées par celles du secteur associatif.

L’allergie et les troubles respiratoires sont des pathologies pour lesquelles il est souvent difficile d’isoler une cause unique. Il est essentiel de se questionner sur l’environnement de la personne, à la recherche d’éléments déclencheurs : allergène(s) et/ou facteurs irritants tels que la pollution. Les patients concernés par la chronicité des pathologies et dont l’environnement est un facteur de risque important sont en quête d’informations. L’association Asthme et allergies constitue un support d’aide et de renseignements complétant l’action des professionnels de santé.

PLACE DE L’ENVIRONNEMENT DANS LA VIE DES PATIENTS

Certains patients portent une attention forte à l’environnement intérieur de leur habitation. Ce sont ceux qui connaissent bien leur pathologie. Paradoxalement, ils peuvent se sentir plus démunis face à des épisodes de pollution extérieure, atmosphérique par exemple. Cela entraîne parfois des comportements inappropriés tels l’absence d’aération de l’habitat et le non-renouvellement de l’air intérieur. Cependant, ils utilisent préférentiellement des produits bio, et des outils adaptés comme les balais vapeurs ou autres dispositifs plus écologiques. Ces patients ont souvent fait évoluer leurs comportements à la faveur d’une succession d’éliminations progressive des produits nocifs et prennent en compte leurs proches dans ces choix.

À l’opposé, d’autres se préoccupent peu de leur environnement intérieur. Même alertés sur certains allergènes ou sur des épisodes majeurs de pollution extérieure, ils ne portent pas d’attention spécifique à leur environnement. Souvent, ils recherchent le confort olfactif avant celui respiratoire lors de l’achat de produits. La publicité a un impact très fort sur ces personnes.

Pour les étudiants et les adolescents, le plus souvent, l’environnement n’est pas une question primordiale. Les habitudes de vies sont mauvaises (air intérieur non renouvelé, tabagisme dans le logement, éloignement du médecin traitant) et ces populations sont particulièrement vulnérables.

ATTENTES DES PATIENTS

L’attente principale est d’obtenir de l’information. En matière de pollutions extérieures, celle-ci est globalement satisfaisante. Les journaux télévisés donnent des conseils qui restent bienvenus, même s’ils peuvent parfois être anxiogènes. Ces messages généraux sont pertinents, par exemple lors des épisodes de pics
de pollution à l’ozone. Cependant, il semble difficilement possible d’agir sur les causes de ces derniers au niveau individuel. En revanche, le problème est autre avec l’environnement de proximité. Certains messages grand public sont délétères, comme les publicités mettant en avant des parfums, désodorisants d’intérieur, ou huiles essentielles, prétendument sains, mais qui sont irritants en réalité. Des communiqués de prévention pourraient être ajoutés sur les produits qui induisent de la pollution et ont un impact défavorable sur la santé.

De manière générale, une évolution des attentes des patients a été observée ces dernières années. Ils se posent de plus en plus de questions sur la pollution extérieure qui, à cause de l’anxiété qu’elle génère, reste l’interrogation principale. Toutefois, en termes de pollution intérieure, en dehors des personnes directement concernées par une pathologie, peu ont pris conscience de l’enjeu.

ACCOMPAGNEMENT ET INFORMATION

Les patients sont insuffisamment accompagnés malgré les progrès constatés avec l’utilisation de nouvelles technologies comme les applications pour smartphones. Supports d’information et de prévention, celles-ci peuvent aussi servir très concrètement dans des domaines comme la pratique d’activité physique. Par exemple, il existe une application qui adapte l’exercice physique et sa durée en fonction du lieu géographique et de la pollution atmosphérique présente. Elle montre que, selon le lieu, l’activité physique est possible en étant adaptée à la situation de vie. Ces supports servent à mettre en avant une habitude de vie bénéfique et peuvent déclencher des prises de conscience. Il est important de pouvoir personnaliser les conseils de prévention et de les étendre aux aidants.

L’accompagnement des patients doit être renforcé et insister sur le fait qu’ils sont responsables de certains facteurs de pollution, notamment ceux de leur milieu de vie. Leurs connaissances doivent être améliorées : peu savent, par exemple, ce que sont les composés organiques volatiles. Une part d’éducation reste à
effectuer pour que chacun se protège mieux des risques liés à son environnement.

La réponse qu’apportent les professionnels de santé à ce besoin d’accompagnement est variable. Mis à part pour certains médecins spécialistes, le temps de consultation demeure très limité et les informations transmises très “classiques”. C’est dans le cadre de l’éducation thérapeutique du patient (ETP) que peuvent être développés les sujets essentiels et réalisé un diagnostic précis. Lorsque le sujet de la respiration est abordé, l’échange porte sur les habitudes de vie, l’habitation,
le travail, et les éléments nécessaires pour identifier les risques. Toutefois, les professionnels, limités par le temps, n’entrent généralement pas dans le détail du quotidien des patients, orientant principalement leurs conseils sur la gestion du traitement et la régularité du suivi.

Les associations de patients représentent un support supplémentaire indispensable. Leur rôle consiste à compléter le temps de la consultation et/ou de l’ETP (Education Thérapeutique du Patient), sans jamais se substituer aux soignants. Les intervenants peuvent consacrer davantage de temps, ce qui constitue un point clé de l’accompagnement. Les patients trouvent auprès des associations un lieu d’expression, sans jugement. Cela est souvent plus facile qu’avec les professionnels de santé, notamment pour ceux qui peinent à suivre régulièrement leur traitement.

Déclaration de liens d’intérêts: L’auteur déclare ne pas avoir de liens d’intérêts.

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